Coronavirus, libido et confinement

Quelle période étrange.

Paris me manque. Ses cafés trop chers, ses trottoirs sales, son métro qui pue. Tout me manque, même les cailleras qui me sifflent quand je rentre chez moi trop tard et trop pompette. Même les frotteurs de la ligne 1. Non, là j’exagère un peu. Bref, je m’emmerde.

Mes voisins, un couple de trentenaires, n’arrêtent pas de s’embrouiller. Ce qui, en un sens, me console d’être toute seule. Ça commence très tôt le matin, ça crie et ça claque des portes. L’après-midi est généralement calme, ils semblent s’ignorer complètement, et le soir c’est le feu d’artifices. Quand eux m’entendent crier c’est toujours de plaisir. Je crois qu’ils ne baisent plus. Du moins ça fait un bail que je n’ai rien entendu. Je connais même pas leurs prénoms. Elle est jolie et pas très loquace, semble toujours pressée ou gênée quand je la croise. Lui n’est pas très beau mais plus avenant, plus agréable, plus souriant. Il a l’air un peu plus âgé qu’elle, aussi. Peut-être qu’il m’a déja entendu baiser et qu’il s’est branlé en pensant à moi. Je sais pas trop ce qu’ils font. Je pense qu’elle bosse dans un milieu où elle rédige des trucs, car elle est vraiment pas sociable. Genre traductrice, ou journaliste. Ou correctrice. Un truc chiant. Lui doit être ingénieur, ou un truc du genre.

Je me demande comment il est au lit. C’est pas une question que je me pose habituellement car il m’attire pas des masses, mais c’est juste que je commence vraiment à être en manque et que c’est la bite la plus proche de mon appartement. Je me fais des films, je me dis que je pourrais être la solution à leurs problèmes de couple. Que je pourrais me pointer en body et leur demander des œufs, et qu’ils m’inviteraient pour un verre de rouge, et que ça déraperait lentement, et que finirais à quatre pattes dans leur salon en train de lécher ses boules pendantes alors qu’elle s’offusquerait en se touchant depuis le canapé. Mais bon, soyons réalistes, le seul moyen d’entreprendre quelque chose serait que j’attende que sa meuf fasse sa sortie quotidienne pour aller lui demander de me dépanner d’un truc. Ce que je ne ferais naturellement pas, car c’est immoral à tous les niveaux.

Mais d’un autre côté, on est en guerre, c’est notre président qui le dit. On est en guerre et j’ai très faim. On est en guerre et je commence même à fantasmer sur l’épicier du coin avec ses cheveux bouclés et son masque FFP2, c’est dire si je deviens folle.

23 jours, putain.

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