“Sale chienne”

Je remontais le boulevard de Bonne Nouvelle hier soir en direction de Strasbourg St Denis quand j’arrive au niveau d’un groupe de 4 mecs assis sur un banc autour de ce qui semble être une bouteille de soda probablement mélangée à de la vodka bon marché et quelques canettes de bière. Je porte une jupe avec des collants et vu leur dégaine et leur état d’ébriété apparent, je me doute qu’ils n’ont pas exactement une vie sexuelle très épanouie et que ma tenue va suffir à les faire réagir. Écouteurs vissés dans les oreilles, je trace ma route et évite de croiser leur regard. Même s’il est tard, il y a quand même quelques touristes et badauds qui se promènent, la terrasse du Delaville à quelques mètres est pleine à craquer et il y a probablement des flics dans le coin. Donc je ne me sens pas en danger et je m’attends simplement à devoir essuyer sifflements ou des “Hé Mademoiselle!”. C’est d’ailleurs assez triste de devoir inconsciemment mesurer le niveau de risque à chaque fois que je marche seule dans la rue et que je croise des mecs un peu louches mais comme toutes les meufs, j’ai appris à développer cette faculté depuis que j’ai des seins.

Deux des mecs se lèvent, me bloquent le passage et me demandent une clope. Comme j’en ai une dans la main déjà entamée et que je ne veux pas que ça dégénère, je leur dis que c’est ma dernière mais propose de la leur donner. Je leur dis que je rentre chez moi et que je suis pressée. Un des mecs prend la clope et lèche le filtre en se touchant l’entrejambe à travers son jean. Surprise par l’élégance de la situation, j’accélère le pas quand l’un d’entre eux me suit et me demande où je vais “en vrai”. Je dis que je rentre chez moi et continue de marcher. L’un des mecs crie alors : “Tu rentres chez toi ou tu vas te faire niquer ? Tu veux ma bite ? Sale chienne !”. Je me retourne pour savoir si je suis suivie mais les mecs retournent tranquillement sur leur banc. J’étais effectivement en route pour aller “me faire niquer” donc je ne prend pas la remarque personnellement, mais le “sale chienne” m’interpelle. L’envie me prend de retourner les confronter – après tout avec les gens autour je ne risque pas de me faire agresser, tout au plus de créer une scène – mais je trouve l’idée déraisonnable et continue tranquillement mon chemin.

J’ai l’habitude de me faire aborder par des mecs peu classieux à la vie sexuelle tellement vide qu’ils pensent avoir une chance de fourrer leur queue dans ma chatte en m’insultant dans la rue. Comme si un soir, pompette et désinhibée, j’allais leur répondre : “Si je veux ta bite ? Après tout oui, pourquoi pas, je me suis jamais fait fourrer par une racaille en pleine rue et on ne vit qu’une fois” avant de me mettre à genoux sur les Grand Boulevards, de dézipper leur braguette et d’engloutir leur petite queue de mec frustré. Et puis je ferais ensuite un billet sur mon blog intitulé “Bukkake sur les Grands Boulevards”. Sans dec, quoi.

Ce qui me ramène à essayer de comprendre comment raisonnent ces mecs (ouais je suis du genre ambitieuse). A moins d’être complètement demeurés (ce que je n’exclue pas), les mecs savent bien qu’ils ne vont pas pécho en se comportant comme ça. Voici mon hypothèse : entre le moment où les mecs abordent une meuf et le moment où ils sentent qu’elle n’est pas réceptive (autant dire 100% des meufs abordées), il y a cet instant de neutralité confondante où ils cultivent l’espoir de réussir à séduire. En gros, entre le “Hé t’as pas une peu-clo ?” et le “Sale chienne !”. Mais il y a là un problème de méthodologie : une femme ne sera jamais séduite par quelqu’un qui lui taxe une clope ou la complimente sur ses formes. Et également un problème de temps : la séduction ne peut pas s’effectuer en quelques secondes et aborder quelqu’un en mouvement n’est pas une stratégie adéquate. Et donc voyant que leur proie s’éloigne, les mecs ressentent un pic de frustration qui, pour être évacué, les pousse à devenir violents verbalement. Ils savent que cette nana en jupe et collants se fait effectivement “niquer” mais jamais par leur queue, ce qu’ils traduisent comme une injustice. Alors qu’en fait, c’est tout simplement un problème de méthodologie.

Mais au-delà de ce problème de méthodologie, qu’arriverait-il si je m’arrêtais et leur montrait de l’intérêt ? Prenons ce mec par exemple, je décide de lui donner une clope, je lui fais un sourire, il me demande ce que je fais et je lui réponds que je n’ai rien de prévu. Que se passe-t-il à ce moment là ? Il n’a visiblement pas le budget pour s’installer dans l’une des nombreuses terrasses ou pubs aux alentours, donc pour prendre un verre et faire connaissance ça parait mal parti. Ou alors pense-t-il me séduire en m’invitant à partager une Amsterdam sur le banc avec ses potes ? Assez improbable comme technique pour serrer. Et puis où m’emmènerait-il pour “niquer” : les hôtels sont hors de prix au mois d’août dans ce coin de Paris et ils n’ont pas vraiment l’air d’habiter dans un rayon de 20km.

Tout ça me laisse perplexe…

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